La décentralisation appliqué à la Blockchain et aux crypto-monnaies

Qu’est-ce que la décentralisation ? Qu’est-ce qu’une crypto-monnaie ?

Les crypto-monnaies ont émergé grâce à leurs technologies sous-jacente: la blockchain. D’après l’avis de la Commission d’enrichissement de la langue française,la cybermonnaie est une « monnaie dont la création et la gestion reposent sur l’utilisation des techniques de l’informatique et des télécommunications». Vocabulaire de l’informatique (liste de termes, expressions et définitions adoptés), JO, 23 mai 2017, texte n° 20.

La société de conseil ‘Blockchain France’ définit la Blockchain comme une “technologie de stockage et de transmission d’informations à coût minime, sécurisée, transparente, et fonctionnant sans organe central de contrôle. Par extension, une blockchain (littéralement une « chaîne de blocs ») désigne une base de données sécurisée et décentralisée, répliquée sur un très grand nombre de noeuds, et contenant un ensemble de transactions dont chacun peut vérifier la validité. Une blockchain peut donc être assimilée à un grand livre comptable transparent, pseudonyme et infalsifiable.” C’est précisément cette absence d’organe central de contrôle qui se caractérise notamment par une décentralisation de la base de donnée qui vient rompre avec les technologies précédentes.

Concrètement, la blockchain dispose de nombreuses applications dont le fonctionnement est illustré par le schéma ci-dessous. Nous nous concentrerons ici sur la crypto-monnaie.

On constate par cet exemple que la crypto-monnaie demeure au centre de l’opération d’un point de vue économique. Le “mineur” indispensable pour valider une opération sur la blockchain sera rémunéré par un “token” (aussi appelé crypto-monnaie”). Pour valider l’opération, le(s) mineur(s) souvent regroupés en “pool” offre la puissance de ses machines qui vont par leurs calculs exécuter l’algorithme du protocole blockchain. Économiquement on constate donc que le processus est décentralisé: n’importe quel acteur peut offrir la puissance de calcul de sa machine pour obtenir une rémunération en contrepartie: le token. Dans la pratique on peut établir un parallèle avec la Banque, tiers de confiance centralisé, qui recueille et certifie toutes les opérations. Avec la Blockchain, le tiers de confiance n’est plus une entité centralisée puisque chaque opérateur mineur détient cet capacité.

Centralisation vs décentralisation

Schématiquement la décentralisation peut être représentée par la figure ci-dessus. Aucune entité unique ne contrôle l’ensemble du processus dans la figure (b). En revanche dans la figure (a), on constate qu’une entité est au coeur de l’ensemble du processus, qui peut donc être qualifié de centralisée contrairement à la figure (b).

Vitalik Buterin, fondateur de l’Ethereum, considère la décentralisation sous 3 axes d’un point de vue technique:

  • Architecture du système: l’ensemble du réseau sur lequel repose le système. A partir de combien de membre du réseau défaillant le système sera totalement hors de fonction ? Répondre cette question permet d’envisager le degré de décentralisation.
  • Gouvernance: Combien de personnes gouvernent le système ?
  • Logique: la logique du système permet-elle de fonctionner totalement en cas de séparation du système en 2 ?

La blockchain est politiquement décentralisée puisque aucune entité unique n’en n’a le contrôle. Cette technologie est aussi architecturalement décentralisée, car il n’existe aucun point (central) dans le réseau qui, en cas de défaillance, entraînerait l’échec du système.
En revanche la blockchain a une logique centralisée: le système se comporte comme une entité unique.

Le réseau Ethereum comme le réseau Bitcoin fonctionne sur la technologie Blockchain. Ethereum est l’une des plateformes décentralisées la plus prometteuse avec le Bitcoin. Le fondateur d’Ethereum décrit sa plateforme comme ayant pour but de rendre possible la création d’applications décentralisées de tout type via la création de “smart contract”. Tandis que le Bitcoin comporte une blockchain plus tournée vers une application monétaire. En quoi la décentralisation remet-elle en cause les fondements de notre système financier et qu’est-ce que ces monnaies virtuelles seraient-elles en mesure d’apporter ?

La décentralisation est-elle efficace ?

Pour analyser la décentralisation sous le prisme des crypto-monnaies, nous nous intéresserons au COSS : Crypto One-Stop Solution.

L’utilisateur n’a pas remettre sa confiance une autorité centrale (Banque) si ce n’est pour valider la procédure de KYC afin de mieux sécuriser le compte et d’éviter le blanchiment d’argent. Mise part cette opération de contrôle a priori, l’ensemble du processus se fait via la Blockchain. Chaque opération n’est donc pas soumise la dépendance du bon fonctionnement d’un système bancaire centralisé.

Les coûts et la sécurité sont optimisés puisque la validation de la transaction par blockchain est bien plus optimal que via un système centralisé.

La rapidité des transactions ne fait que croître puisque il existe “une course de la puissance” entre les mineurs, pour qui miner plus permet de gagner plus. Les frais d’exploitations et d’upgrade de la puissance des systèmes ne sont donc pas supportés par la plateforme COSS mais par les mineurs eux-même. L’investissement est donc limité.

L’amélioration du protocole est possible au fur et mesure du temps sans toutefois nuire aux opérations antérieures, qui restent inscrite dans la blockchain.

Ainsi cette technologie de décentralisation vient challenger les Banques sur plusieurs terrains. Le coeur du problème pour les banques commerciales réside dans la modernisation de leurs infrastructures technologiques, que nécessitent les opérations de banques en tout genre. La majorité du parc informatique des banques commerciales d’aujourd’hui fonctionnent sur des programmes informatiques des années 80-90. Les coûts de structures pour mettre à jour leur systèmes sont énormes et se répercutent sur l’utilisateur final de trois manières :

  • le prix du service rendu
  • la qualité du service (rapidité d’exécution, fiabilité)
  •  l’étendu des services (opération digitalisé, spectre des opérations…)

Les banques commerciales ont donc de grandes difficultés à offrir à leurs clients une expérience en phase avec l’avancée technologique actuelle. Il existe donc un fort retard entre les technologies du jour et celle utilisé par les banques. On peut illustrer ce retard par le système de virement international SWIFT qui nécessite environ 4 jours pour voir l’opération accomplie sans compter les dimanches et jours fériés… Or une transaction réalisé sur le protocole bitcoin prendra environ 10 minutes pour être confirmée avec un niveau de sécurité similaire à la carte de paiement ! Les délais de transaction entre portefeuille crypto-monétaires varient selon la technologie utilisée et tendent à se réduire avec l’apparition de nouveaux protocoles (Stellar Lumenx – XLM). Le projet COSS , se base comme l’immense majorité des projets crypto-monétaires naît récemment (Bitcoin inclu) sur l’utilisation de l’infrastructure des mineurs. Ainsi, nul besoin d’investir dans une infrastructure informatique physique. Une fois le protocole créé celui-ci s’exécutera grâce la mise à disposition par les mineurs de la puissance de leurs infrastructures, qui valident les opérations en contrepartie d’une rémunération en ‘token’ . C’est ainsi que des ‘mining farms’ ont vu le jour. La loi du marché est ainsi entrée en jeu et chaque mineur investit pour avoir la meilleure puissance possible afin de confirmer le plus d’opérations possible pour obtenir une rémunération plus importante. Le coût de l’investissement ne repose donc pas sur une entité unique mais sur l’ensemble des mineurs. La course la technologie la plus efficace est donc continue et stimulé par la concurrence des mineurs entre eux. La qualité du service et son prix se trouve donc impacté également. La décentralisation permet donc de maintenir un haut niveau d’exigence sur la modernité des infrastructures utilisés pour effectuer les opérations. Les mineurs sont obligé de fait, par une concurrence naturelle, de disposer d’infrastructure en phase avec la technologie la plus avancée. Enfin le poids de l’investissement que nécessite cette modernité continue des infrastructures ne repose pas sur un acteur unique mais sur l’ensemble d’individualité que constitue les mineurs. On peut donc affirmer que la décentralisation est en mesure de nettement améliorer la qualité du service final rendu par les banques commerciales et donc concurrencer ces dernières.

La crypto-monnaie, une défiance de l’Etat

Comment les crypto-monnaies bouleversent-elle l’ordre établi ?

Selon notre sondage, 55% des investisseurs connaissent mal la législation relative aux crypto-monnaies et 30% n’ont aucune idée du traitement juridique de ces crypto-actifs (bitcoin, ripple, ethereum, litecoin etc…). Ce manque de connaissance reflète tout fait l’obscurité juridique qui règne quand au traitement de ces cas totalement nouveaux pour l’ensemble des systèmes juridique du monde entier.

La défiance de l’Etat souverain: la fin du monopole et privilège Étatique de “battre monnaie”?

1) Définition de la monnaie

Le terme “monnaie” provient du latin “monere” qui signifie “avertir”. En effet, on peut identifier son émetteur par la matière des espèces, leurs poids, l’effigie et les gravures qui leurs sont inscrites. Aristote définit la monnaie par ses fonctions que sont: l’unité de compte, la réserve de valeur et le moyen d’intermédiation des échanges. Aucune définition de la monnaie n’est prévu par la loi française (Répertoire de droit international /Monnaie – juin 2017). En effet, le Code monétaire et financier commence par évoquer la monnaie de la manière suivante, sans prendre le soin d’en définir la nature: « La monnaie de la France est l’euro. Un euro est divisé en cent centimes ». Ainsi, apparaît un flou important quant à la définition de la nature juridique de la monnaie. Cette ambiguïté est bien illustrée par les propos suivants: la monnaie serait un “bien, d’une nature complexe et très particulière, qui tire sa valeur, non pas de ses caractéristiques physiques ou de ses qualités intrinsèques, mais de l’autorité de l’État et de la confiance qu’elle inspire”.

Pour éclaircir ce concept, il est opportun d’étudier les deux approches doctrinales qui coexistent: l’approche fonctionnelle et l’approche Étatiste.

2) Approche fonctionnelle de la monnaie

D’un point de vue juridique, et selon le doyen Carbonnier une chose peut être considérée comme une monnaie, dès lors “qu’elle est reçue dans les paiements non pas pour ce qu’elle représente matériellement, mais en tant qu’équivalent, fraction ou multiple

d’une unité idéale”. Traditionnellement, la monnaie est conçue comme étant dotée de la double fonction suivante:

  • unité de mesure: rôle de détermination des prix
  • unité de paiement: instrument permettant d’éteindre les obligations de sommes d’argent

En effet, selon l’article 1343-3 du code civil “Le paiement, en France, d’une obligation de somme d’argent s’effectue en euros.” Or le paiement est au sens juridique, un mode d’extinction des obligations, et ce quel qu’en soit l’objet. La monnaie est donc un moyen de paiement en ce qu’elle offre son détenteur la possibilité de se libérer de son obligation contre le versement d’une certaine somme en contrepartie. C’est sur ce pouvoir libératoire que repose la plus grande parties des échanges mercantiles de notre temps. Pour effectuer un paiement, encore faut-il évaluer la contrepartie dûe. La monnaie est donc de fait un étalon de mesure des obligations.

Dès lors la crypto-monnaie peut elle être considérée comme une monnaie ?

Il est généralement admis que les cyber-monnaies doivent être écartées de la qualification de monnaie. Le motif principal de cette décision réside dans l’absence de reconnaissance par l’Etat de ce bien incorporel comme ayant cours légal15. En France, les dispositions légales concernant le cours légal ne sont pas restrictives. En effet, la loi n’enjoint pas le débiteur de payer dans une certaine devise, mais impose uniquement tout créancier l’obligation d’accepter l’euro comme paiement et de libeller le prix dans cette devise. Ainsi, le créancier dispose du loisir d’accepter l’extinction de l’obligation, par ailleurs elle même libellée en Euro, dont il détient la créance contre un moyen de paiement différent de l’euro. La CJUE16 a d’ailleurs confirmé qu’une crypto-devise peut être utilisée comme monnaie dans le cadre d’une convention entre les deux parties.

Il est indéniable que les crypto-monnaies satisfont à ces deux fonctions que sont le paiement et l’évaluation. Il faut cependant noter un défaut non négligeable des crypto- devises actuelles: leur forte fluctuation. Ainsi la crypto-monnaie est un instrument d’évaluation valable l’instantané mais très incertain dans le temps. Ce défaut est méprisé par les utilisateurs en temps de crise pendant lesquels la devise virtuelle est perçue comme une valeur refuge. C’est notamment le cas au Venezuela qui, connaissant une période très inflationniste a subit une ruée vers les crypto-monnaies.
La fonction monétaire peut donc être assurée par les crypto-devises.

3) Théorie étatiste de la monnaie

 » A nous et à notre majesté royale appartient seulement pour le tout, en notre royaume, le métier, le fait, la provision, et toute l’ordonnance de monnaie, et de faire monnoyer telles monnaie, et donner tel cours, pour tel prix, comme il nous plaît et comme bon nous semble ». Par cette formule issue de l’ordonnance du 16 janvier 1346, Philippe de Valois restreignit la prérogative de battre monnaie au profit d’une personne unique: le roi. Cette exclusivité est révélatrice de l’autorité de l’Etat et permet ce dernier d’asseoir l’unité de ses territoires. La majorité de la doctrine affirme même que l’Etat est « propriétaire » de la monnaie fiduciaire et possède ainsi un véritable droit réel.18 Cette affirmation est étayée par l’article 34 de la Constitution de 1958 qui confère au Parlement un monopole quant au choix du “régime d’émission de la monnaie”.

Le doyen Carbonnier ira même plus loin en caractérisant la monnaie comme “une institution de droit public, un mécanisme régalien, étatique, un attribut de la souveraineté”. Cet état de fait a été également consacré par La Cour permanente de justice internationale (CPJI) dans un arrêt tranchant un litige sur le cas des Emprunts serbes et brésiliens : « C’est un principe généralement admis que tout Etat a le droit de déterminer lui-même ses monnaies ». La monnaie s’est donc inscrite en tant qu’objet régalien, déterminant ainsi son appartenance au droit public et s’opposant de fait au cadre privatiste. L’avènement de la monnaie unique européenne (€), fruit de décisions publiques nationales et communautaires, corroboré à la mise en vigueur du Code monétaire et financier suffit s’en convaincre.

Cette conception classique admise par la doctrine majoritaire est remise en cause par l’apparition de monnaies dites “électroniques”(ou virtuelle) aussi appelées “crypto- monnaies”, venant concurrencer cette prérogative exorbitante qu’elle celle de la puissance publique.

4) Privatisation de la monnaie

La monnaie est juridiquement un instrument libératoire de créance, par le paiement. Comme vu précédemment selon l’article 34 de la Constitution, le monopole de la création monétaire repose sur une simple loi et peut donc être remis en question à tout moment par le Parlement sans aucune modification constitutionnelle. Si une telle réforme n’a pas encore eu lieu, il est aisément constatable que dans la pratique des précurseurs usent de ces crypto-monnaies pour réaliser des transactions.

La technologie Blockchain remet donc en question l’ordre établi grâce son atout innovant: la décentralisation. En effet, cette technologie de décentralisation vient renverser le privilège de l’Autorité centrale et emporte également de facto, certaines des prérogatives qui lui sont attachées. La rupture avec le monde centralisé est évidente et très bien illustrée avec la fin, dans la pratique du moins, du monopole et privilège étatique qu’est celui de battre monnaie. Pour la première fois, le privilège de la puissance publique se trouve affaibli par une innovation technologique. Avec l’absence de centralisation, ces crypto-monnaies ne peuvent pas être rattachées un État. L’absence de nationalité de l’émetteur instaure un (dés)ordre supra-étatique virtuel.

Cette privatisation de la monnaie par les usages n’est pas sans soulever des interrogations quant à leurs conséquences fiscales voir à leur finalité frauduleuse.

La défiance de l’Administration fiscale face au crypto-monnaie (btc, xrp, eth, ltc,…)

Nouvel objet économique, la crypto-monnaie n’est pas dépourvue de traitement fiscal pour autant. Il convient de procéder à une analyse duale fondée sur les 2 systèmes d’impositions majeurs: l’Impôt sur le revenu (IR) et la Taxe sur la Valeur Ajouté (TVA). Néanmoins, ce traitement fiscal est facilement contournable par la devise virtuelle ce qui affaiblit le principe de territorialité de l’Impôt.

1) Impôt sur le revenu et gain sur les crypto-monnaies

L’apparition des crypto-monnaies est un phénomène mondial, il paraît donc opportun de réaliser une analyse sous un prisme comparatiste, afin tant de rechercher l’éventuelle singularité du droit français, que de mettre en exergue les réactions des différents Etats et éventuellement de fournir un échantillonnage de “best practice”.

Il existe 2 approches aux conséquences fiscales différentes. Certain états considèrent les crypto-monnaies comme un actif. Dès lors, toute transaction en la matière sera considérée comme une transaction sur un actif, appliquant de facto le régime juridique y afférant. D’autres états considèrent ces opérations comme une activité. Peu importe que l’opération porte sur un actif, l’administration fiscale se fonde sur l’activité.
Les conséquences fiscales sont assez différentes.

La majorité des Etats prend le parti de considérer que les crypto-monnaies sont des actifs (pas nécessairement monétaires). Ce sont des actifs incorporels. Ce qui conduit à appliquer le régime des plus values. Ainsi, toute personne qui détient une cybermonnaie soit par le biais du minage, soit par acquisition à un tiers doit, en cas de cession, être considéré comme ayant réalisé une plus value sur un bien incorporel.
Ce régime est plutôt favorable car certain états exonèrent les plus values sur les biens incorporels. D’autres les soumettent un régime des revenus de capitaux qui, demeure souvent plus avantageux que le régime des gains d’activités. En effet, il faut dissocier l’imposition barème progressif (cas des gains d’activité) de l’imposition proportionnelle (cas du régime des actifs) plus faible généralement.

La majorité des états ont qualifié les crypto-monnaies d’actif sans pour autant éprouver le besoin de les qualifier plus en détail22 (cas de l’Espagne – l’Autriche et l’Allemagne). Les USA considère eux, qu’il s’agit d’une “property”, sans approfondir. D’autres se refusent de les considérer comme un actif. Comment faut-il donc traiter ces gains ?

Dans certains Etats, le silence de la loi profite au contribuable comme au Portugal et en Suisse. Ceux-ci ont tiré, du silence de la loi, la conclusion qu’il n’y a pas de raison d’imposer. En revanche pour d’autres, le silence profite au fisc.

En France, la loi est silencieuse mais c’est auprès de la doctrine Administrative qu’il faut se pencher pour obtenir des précisions. Depuis 2014, l’Administration fiscale s’intéresse l’IR par la distinction classique des 2 catégories de revenus: Bénéfice Industriel et Commercial (BIC) et Bénéfice non commerciaux (BNC). Dans le cas des crypto-monnaies le critère permettant de déterminer la catégorie de revenu réside dans la répétition de l’opération. En cas d’activité occasionnelle, le régime des BNC s’appliquera, tandis que si l’opération est réalisée de manière régulière, on tombera dans la catégorie des BIC.

La doctrine fiscale traite les 2 catégories de la manière suivante:

BIC

« Le bitcoin est une unité de compte virtuelle qui peut être valorisée et utilisée comme outil spéculatif.« 

BNC

“L’émission du nombre de bitcoins étant limitée et déterminée, leur acquisition en vue de leur revente procède d’une intention spéculative.”

La contradiction est flagrante. D’un côté, le bitcoin “peut être” considéré comme un outil spéculatif alors même qu’il s’agit de la définition de la doctrine pour les Bénéfices Industriels et Commerciaux. De l’autre côté, l’acquisition de bitcoin est présumé spéculative, alors même qu’il s’agit de la définition de la doctrine concernant les Bénéfices Non Commericaux. Cette asymétrie de définition est d’autant plus troublante, que se couple un paradoxe concernant le traitement. Le régime des BNC est destiné traiter des cas d’individus non commerçant et donc devrait en principe écarter une présomption de spéculation. A l’inverse, le régime des BNC est prévu pour les commerçant et devrait donc présumer une spéculation.

Cette incohérence témoigne de la précipitation dont a fait preuve l’Administration fiscale pour tenter de capter l’impôt résultant des plus values sur les crypto-monnaies. C’est aussi révélateur d’une réalité: une très grande partie des personnes ayant réalisées d’importantes plus values (voir colossales) sur les crypto-monnaies ne que sont de simples personnes physiques n’ayant pas effectuées cette opération titre commercial. L’Administration a donc cherché capter l’impôt par tout moyen en posant une présomption irréfragable établissant une intention spéculative dès lors que l’opération porte sur le bitcoin. Ce dispositif s’avère alors imparable pour l’administré, pour le plus grand bonheur de l’Administration.

C’est sans compter le recours d’un administré actuellement pendant devant le Conseil d’Etat. Il est invoqué que la doctrine administrative serait contraire la loi. Un débat juridique est en effet louable. Certains considèrent qu’il faudrait différencier mineur et acheteur dans le traitement fiscal.

2) Taxe sur la Valeur Ajouté (TVA) et crypto-monnaies

C’est un Suédois, qui par la création d’une plateforme proposant un service d’échange de devise classique contre des crypto-monnaies, a interrogé l’Administration fiscale Suédoise sur l’éventuel assujettissement de ces opérations à la TVA. Ayant un doute sur l’interprétation de la directive européenne relative à la TVA, le Högsta förvaltningsdomstolena saisi la CJUE d’une question préjudicielle. Selon l’article 2 de cette directive:

« les opérations, y compris la négociation, portant sur les devises, les billets de banque et le monnaies qui sont des moyens de paiement légaux, à l’exception des monnaies et billets d collection, à savoir les pièces en or, en argent ou en autre métal, ainsi que les billets, qui n sont pas normalement utilisés dans leur fonction comme moyen de paiement légal ou qu présentent un intérêt numismatique;”

C’est donc par une décision28 en date du 22 octobre 2015 que la CJUE est venu préciser le traitement fiscal des crypto-monnaies et en l’espèce spécifiquement du bitcoin. La CJUE a en refusant la nature de bien corporel au bitcoin procédé l’exclusion de la qualification de “livraison de bien”. Ainsi, la CJUE a considéré l’opération réalisé sur la plateforme d’échange comme étant une prestation de service titre onéreux comme entendu par l’article 2 de la directive européenne. Cette qualification paraît logique.

Dans un second temps, la CJUE a examiné la possibilité d’un cas d’exonération. Elle a confirmé l’avis de l’avocat général, qui affirmait que “les différentes versions linguistiques de l’article 135, paragraphe 1, sous e), de la directive TVA ne permettent pas de déterminer sans ambiguïté si cette disposition s’applique aux seules opérations portant sur les devises traditionnelles ou bien si, en revanche, elle vise également les opérations impliquant une autre devise.”

On constate donc que la CJUE considère le bitcoin et donc par analogie, toute crypto- monnaie, comme étant un moyen de paiement. Plus encore et en dépit du silence de la CJUE, le caractère légal de ce moyen de paiement est établi. En effet, le caractère de moyen de paiement légal est condition sine qua non de l’application de l’exonération de l’article 135 de la directive TVA. Cette considération est opposer aux monnaies n’ayant pas cette fonction (billet de collection etc…) qui elles, ne peuvent bénéficier de cette exonération.

3) L’affaiblissement du concept de territorialité de l’impôt

Une grande partie de la lutte contre la fraude fiscale consiste à lutter contre la fraude fiscale internationale. Les moyens utilisés sont principalement la création de société sur des territoires fiscalement très avantageux. Cette fraude résulte donc de la concurrence entre les systèmes fiscaux étatiques. Dès lors, le législateur avait introduit un dispositif permettant de lutter contre les Etats non coopératifs.

Le problème de la territorialité de l’impôt ne fait que s’aggraver avec les crypto- monnaie. Ce problème était déjà connu en Europe avec les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) et la localisation de leurs bénéfices en Irlande notamment. Grâce aux crypto-monnaies, on peut craindre une meilleure accessibilité de la “fuite fiscale”. En effet tout individu peut désormais se soustraire l’impôt et ceux tout en résidant physiquement dans un État en utilisant des crypto-monnaies et en prenant soin de les stocker sur les plateformes d’échanges anonymes ou sur un “wallet”. Les crypto-monnaies permettent de se soustraire l’obligation de fait, qui consistait jusque-l faire allégeance aux règles d’un état pour y domicilier sa société ou sa personne physique. Autrefois réservée à une partie de la population, (GAFA et individuel fortuné) la fuite de l’impôt semble devenir la portée de n’importe quel contribuable. L’Etat sera-t-il impuissant face à l’obsolescence du principe de territorialité de l’impôt ?

Sous le prisme français, nous avons pu constater que le traitement des crypto- monnaies est encore balbutiant, notamment sur le plan fiscal. Par conséquent, il n’est pas surprenant que les régulations nationales fassent aussi preuves, lorsqu’elles ne sont pas absentes, d’une différence de traitement avérée.

La naissance des crypto-monnaies et plus particulièrement du Bitcoin (BTC)

Fin 2017, le bitcoin est sur toutes les lèvres. Une monnaie virtuelle créée en réponse à la crise financière 10 ans plus tôt est en train de révolutionner le monde monétaire. Durant les 11 premiers mois de l’année 2017, sa valeur augmente de 900%, passant de 1000 dollars à 10.000 dollars fin novembre. Le mois suivant, sa valeur dépasse les 19.500 dollars (soit 16.500 euros). Tous les investisseurs se ruent vers celle-ci, les gouvernements se retrouvent dépassés, les entrepreneurs y voient l’avenir. Mais qu’est-ce que sont réellement ces crypto monnaies ?

La genèse du bitcoin et des crypto-monnaies

Le fondateur de Bitcoin, Satoshi Nakamoto, a commencé à développer son idée au Japon en 2007, personne dont l’identité reste fictive sujette de nombreuses spéculations. Néanmoins, en 2008, un article présentant le Bitcoin publié sous le nom de Satoshi Nakamoto intitulé Bitcoin: A Peer-to-Peer Electronic Cash System‘ sera diffusé en ligne, ainsi que le site officiel de cette nouvelle monnaie publié anonymement. La position anonyme volontaire que le fondateur veut adopter pourrait être justifiée, d’une part, par la protection de la vie privée et, d’autre part, par le fait de rester à l’écart des projecteurs des médias et des gouvernements. D’un autre côté, la sécurité pourrait jouer un autre facteur dans le choix, car le bitcoin est une monnaie numérique et l’identité pourrait conduire à devenir la cible d’actions criminelles en ligne, ce qui aurait des effets néfastes sur les données sensibles.

Le bitcoin est probablement ce que Keynes pourrait obtenir de plus proche dans notre monde moderne répondant à son idée d’une monnaie supranationale. La monnaie numérique a connu sa première transaction officielle en 2009 avec un taux de change initial de 1 USD = 1309,03 BTC. L’abréviation officielle pour bitcoin est passée de BTC à XBT et le taux de change a incroyablement changé au fil des ans. Ses cotations sont données quotidiennement sur plusieurs bourses. Les échanges de bitcoin font partie intégrante de l’univers de la monnaie virtuelle et de son écosystème en particulier.

En six ans seulement, le nombre de transactions sur ces bourses est passé de zéro à près de 260 000 par jour en 2016, avec une capitalisation boursière globale de 6,5 milliards USD.

Le 3 janvier 2009, 30 000 lignes de code sont mises en ligne et marquent le début de Bitcoin.
Au cours des 20 prochaines années, un total de 21 millions de Bitcoins seront libérées, la production est donc bornée.

1 an plus tard, la monnaie virtuelle commence à se démocratiser et apparaît comme une révolution pour de nombreux investisseurs et entrepreneurs.
En 2010, une poignée de commerçants ont commencé à accepter la monnaie bitcoin au lieu des monnaies établies.

L’un des premiers articles tangibles jamais achetés avec cette crypto monnaie était une pizza. Aujourd’hui, la quantité de bitcoin utilisée pour acheter ces pizzas est évaluée à quasiment 100 millions de dollars.

C’est alors que l’endiguement pour cette monnaie devient phénoménal, les histoires d’investissement fructueux se multiplient dans les médias faisant de nouveaux adeptes.

Graphique historique du cours du BTC en USD

Les frères jumeaux Winklevoss devenus célèbres après leur tristement célèbre bataille juridique avec Mark Zuckerberg, ont gagné plus de 11 millions grâce au Bitcoin leur permettant de mettre en place plusieurs projets qui leur auraient rapporté plus de 400 millions de dollars.

En 2013, ils ont investi des sommes considérables dans le Bitcoin. Par la suite, ils ont fondé Winkdex, une entreprise qui suit le prix moyen du bitcoin. En 2015, les frères jumeaux ont ouvert leur premier échange Bitcoin à Gemini.
Roger Ver est connu sous le nom de « Bitcoin Jesus ». C’est le millionnaire le plus riche (sans compter le FBI et Satoshi Nakamoto). Roger était déjà millionnaire quand il est entré en contact avec Bitcoin. Il fait des dons de charité, et il a été le premier à investir dans Bitcoin Startup.

BTC et crypto-monnaie: un problème de régulation ?

Très rapidement, le bitcoin et autres crypto monnaies ne se limitent plus à sa simple qualité spéculative mais semble révolutionner le monde.

De nombreuses startups se sont mises à utiliser des crypto monnaies pour financer leurs idées, services et produits. Au lieu d’utiliser le financement traditionnel du capital de risque, ou d’utiliser des sites Web de collecte de fonds comme Kickstarter, les dirigeants de startup cherchent à utiliser ces nouvelles monnaies comme un moyen de recueillir des fonds pour leurs besoins révolutionnant l’ensemble du processus de collecte de fonds.

Les ICO voient donc le jour. Une Initial Coin Offer, également communément appelée ICO, est un mécanisme de collecte de fonds dans le cadre duquel les nouveaux projets vendent leurs jetons sous-jacents (tokens) en échange de bitcoin et d’éther. Ce processus ressemble à un appel public à l’épargne dans le cadre duquel les investisseurs achètent des actions d’une société. Ce phénomène semblait révolutionnaire et a rapidement permis à de nombreuses startups de lever des fonds importants.

Ce n’est pas seulement le moyen de financer les entreprises qui promettait d’être changé mais leur manière de créer de la valeur. En effet, celles-ci permettaient d’aider la transition écologique. Par exemple, il y a le Brooklyn Microgrid. Grâce à ce système, les foyers disposants de panneaux solaires peuvent vendre des crédits environnementaux par le biais d’une application téléphonique, aux résidents qui n’ont pas d’accès direct – ce qui signifie utiliser moins d’énergie à base de carbone et plus d’énergie solaire.

Ne révolutionnant pas seulement le monde des entreprises, ces monnaies pouvaient également révolutionner l’aide humanitaire en évitant la corruption dans les organisations caritatives. En raison de sa capacité à responsabiliser les entreprises, la blockchain (technologie sous-jacente) peut éliminer de nombreux problèmes liés aux organismes de bienfaisance, comme les fuites de fonds. C’est pourquoi le Programme Alimentaire Mondial (PAM) utilise cette technologie pour distribuer en toute sécurité une aide monétaire à ceux qui ont faim.

Ces monnaies virtuelles tenaient de nombreuses promesses allant vers un monde pus éthique. En plus des différentes utilisations mentionnées précedemment, elles encourageaient des pratiques commerciales plus éthiques en raison de leur capacité à être tracées. Étant donné que blockchain permet de suivre chaque transaction en toute transparence, les entreprises qui ont des antécédents de violations des droits de l’homme – l’industrie de la pêche, par exemple – auraient moins de manière de détourner leurs fonds.

Néanmoins l’histoire de Charlie Shrem, millionnaire du Bitcoin, qui a éclaté il y a quelques années permet de remettre en perspective ces éléments. En effet, celui-ci a commencé à acquérir des bitcoins dans les premiers temps à un prix très bas. Quand il n’avait que 11 ans, il a fondé BitInstant. L’entreprise a eu beaucoup de succès. Mais en décembre 2014, Shrem a été reconnu coupable de blanchiment d’argent sur le marché noir en ligne The Silk Road.

En 2016, à sa sortie de prison, il fonde Intellisys Capital, qui vend des portefeuilles d’investissement dans des entreprises à chaînes multiples.

En effet, le Bitcoin a un intérêt bien plus important que l’appât du gain et devient un élément moteur dans beaucoup d’autres domaines. En 2011, the Silk Road, un marché en ligne pour les drogues illicites, sera lancée. Il utilise le bitcoin comme principale forme de monnaie. Celle-ci devient un moyen privilégié de paiement non traçable et se fait une place de choix sur le Darknet.